Classé dans : L'eau, an dour
A quelques jours de la grand-messe de Véolia, Suez et de Véolia Waterforce à Rennes, le “8ème carrefour des Gestions Locales de l’eau” , Jean-Luc Touly m’accorde un entretien pour Lichen, Ekologiezh ha social e Breizh*.
Comme d’habitude, le syndicaliste n’y va pas de mains mortes sur nos belles multinationales françaises de l’eau.
Jean-Luc Touly :
” J’étais “petit cadre” à Véolia * en région parisienne et trésorier CGT quand je me suis rendu compte des pratiques de ma société. Je les ai dénoncées dans mes livres “les vérités inavouables” . Licencié de Véolia depuis mars, je suis salarié à mi-temps de France Libertés.
Ton action s’incrit dans un parcours syndical puis politique ?
- Un parcours syndical, altermondialiste et Vert. C’est la réalisation d’une brochure pour ATTAC ”Enquête au coeur des multinationales” en 2001, la création d’ ACME avec Riccardo Petrella et Madame Mitterrand. Puis Porto Allegre, ensuite le Forum Alternatif Mondial de l’Eau à Florence en 2003 partant du constat que ce fameux partenariat Public/Privé de l’eau dans le monde et en France était mauvais voire dramatique.
Danielle Mitterand, Jean-Luc et Aminata Traouré.
Tu es allé en Amérique latine constater ces dérives ?
- Constater mais aussi appuyer les populations pour stopper des contrats iniques. Avec Raymond Avrillier et Anne Le Strat, nous sommes allés en Argentine, Uruguay et Bolivie, à El Alto qui est la banlieue de la Paz avec l’idée d’un partenariat public-public technique avec Eau de Paris et Grenoble. En fait, sur place, ce que des milliers de boliviens nous demandaient c’était une aide juridique pour virer Suez.
Pas du tout de la ”tuyauterie” ?
- Non, l’affaire se termine avec notre avocat qui a traduit les contrats, vérifié les comptes de Suez, des coopératives allemandes et hollandaises présentes sur ce dossier. Au départ, c’était 100 millions de dollars que les boliviens devaient verser pour faire partir Suez ! L’affaire se termine avec 15 millions de dollars à verser à la Banque Mondiale et à Suez. Raymond Avrillier a été acclamé comme un héros parce que c’est cela que veulent faire les boliviens et les latinos américains, virer les multinationales françaises. La colère et la mobilisation sont très importante sans mesure avec ce qui se passe en France, les populations sont très pauvres et l’eau est vitale.
On a été très sensibilisé sur Cochabamba en Bolivie par des associations comme Agir ici , en Bretagne …
- Cochabamba, c’était une lutte terrible avec des blessés et un mort, lié non pas à la privatisation française mais nord américaine. Le combat d’Oscar Oliveira est très courageux; Avec sa soeur et les populations, ils ont créé une association, la Coordination pour l’eau, la vie et le gaz. Mais il apparait que la station d’épuration de Cochabamba a fait l’objet d’un contrat renouvelé jusqu’en 2043 par Véolia ! La gestion est restée malgré tout entre les mains d’un noyau d’anciens salariés boliviens corrompus ! Là aussi, la demande de soutien n’est pas technique mais juridique et de gestion des infrastructures, des facturations, etc.
En Afrique, c’est pire. Les puits sont creusés, mais il n’y a pas de formation sur l’entretien des pompes, pas de suivi de la gestion et les chefs de village qui vendent l’eau défendent souvent des intérêts privés. Là, par contre, la question technique aussi est importante car la ressource en eau potable est rare. La gestion est aussi cruciale, il ne suffira pas de virer les multinationales.
Beaucoup de collectivités vont utiliser la loi Oudin-Santini (1% sur le budget de l’eau des collectivités et des agences de l’eau) pour abonder leur budget solidarité, qu’en penses-tu ?
- Sur le principe, ça pourrait être intéressant même si çà émane de deux pro-multinationales françaises. Il n’y a pas de cadre pour utiliser ces fonds. On fait peser cette solidarité sur la facture d’eau et non sur l’impôt. Ce sont les usagers domestiques qui paieront le plus et qui ne sont pas informés. En principe, çà passe par les collectivités qui confient la construction de puits par exemple, aux ONG. Tout le problème c’est que les ONG se voient “prêter des experts” par les mêmes multinationales qui enverront ensuite leurs commerciaux, le puit réalisé, pour placer des contrats de longue durée. A Paris, sur 100 projets 1% eau, près de la moitié vont alimenter Véolia Water force et Acqua Assistance (associations émanant des 2 multinationales de l’eau).
L’eau et la révolution écologique ?
- Les forums sociaux s’essouflent mais il a permis des investigations, des mobilisations; les consommateurs savent un peu mieux quels lobbys sont derrière le Conseil Mondial de l’Eau ou le Cercle Français de l’eau. En particulier, les bretons qui ont été sensibles d’abord à la qualité de l’eau, veulent que les communes reprennent en main leur service public de l’eau. Ils sont aussi très sensibles aux enjeux géopolitiques dans le monde. Savoir pour agir, c’est déjà pas mal.”
* Journal Ecologie et social en Bretagne.
* Véolia : Ex-Compagnie Générale des Eaux, ex-Vivendi.
* ACME : Association pour le Contrat Mondial de l’Eau dont Jean-Luc est le président.
Pas encore de commentaires jusqu'à présent
Laisser un commentaire
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>








