Pascale Loget, blog in Breizh II


50 millions de chasse d’eau !
13 novembre 2009, 0
Classé dans : Breizh feuilletons, L'eau, an dour, Régionales 2010

barrage canut_1Oui, les  syndicats de gestion et de production en Ille et Vilaine sont tout à fait capables de faire des grands travaux à la “Chinoise” pour dépenser 50 millions de redevances ! Ce sont quelques 140 kilomètres de canalisations qu’ils projettent d’installer de Vitré au Barrage d’Arzal en passant par Rennes pour faire transiter l’eau au cas où … on en manquerait.

Ce que réfutent les différents rapports qui mettent en évidence une stagnation de la consommation d’eau malgré l’accroissement de la population en Ille et Vilaine. Preuve en est que Véolia veut renégocier son contrat avec Rennes au motif que les Rennais ont consommé en 2008 moins d’eau et qu’ils devraient la payer plus chère pour maintenir les recettes de notre chère entreprise !

Ce sont les mêmes syndicats de production qui ont osé demandé une dérogation au Comité de Bassin Loire-Bretagne sur les paramètres phosphore pour protéger l’agro-industrie de leurs bassins versants !
(et j’en profite pour vous demander cher lecteur attaché à l’eau de signer la pétition pour une liste unique en Bretagne et si vous l’avez signée de recommencer pour faire signer d’autres – le système repèrera le doublon mais vous pourrez adresser un message à vos amis pour les inciter à signer …)

La suite se compose d’un dossier sérieux pour montrer que la logique des acteurs de l’eau en Bretagne ne change pas !!!!! et les solutions qui existent.

L’EAU, INVERSER LA LOGIQUE EN BRETAGNE

par Pascale Loget, vice-présidente du Conseil régional de Bretagne, Yannick Cairon, conseiller régional, Yves Salmon, conseiller municipal chargé de l’eau à Bruz, Jean-Yves Morel, militant associatif.

Rennes, le 13 novembre 2009
Les politiques actuelles de l’eau en Bretagne conduisent à des augmentations importantes de la facture d’eau pour l’usager sans régler les problèmes liés à la ressource . Il est possible et nécessaire d’inverser la logique des politiques de l’eau  dans un contexte où l’État, menacé de lourdes sanctions par l’Europe, jugé responsable de la prolifération des algues vertes, actuellement attaqué au pénal par près de 900 citoyens, semble dans l’obligation d’agir. Le moment est donc venu de remettre à plat les politiques de l’eau et de concentrer l’effort financier sur la restauration de la qualité de l’eau.

La logique actuelle

La gestion de la ressource en eau demeure un enjeu crucial. Les choix faits aujourd’hui impacteront lourdement l’avenir. Les conséquences attendues du dérèglement climatique ne font qu’accentuer les questions actuelles sur l’approvisionnement en eau.

La réponse des nombreux élus gestionnaires de l’eau (syndicats locaux, gestionnaire des SAGE, syndicat départemental) à cette interrogation n’a pas changé depuis des lustres : elle est technique, quantitative, « productiviste » et se préoccupe peu de la qualité, ni des conséquences des opérations réalisées. Il s’agit pour l’essentiel de sécuriser les réseaux et de mettre en place des interconnexions entre les différents sites ressources. Cette démarche est souvent accompagnée par le syndicat départemental (ici le SMG 35) qui assume un rôle de coordination. Concrètement, un manque d’eau à un point donné du département (lié à une période sèche, à un afflux de personnes sur un temps court, à une pollution, etc) est compensé par une exportation d’eau d’un autre point.

Cette politique de génie civile a un coût. En Ille et Vilaine, les usagers paient d’ailleurs une redevance destinée à financer les travaux de sécurisation des réseaux (aujourd’hui 0,10 € par m3 consommé). Pour la consommation de référence d’un foyer à 120 m3/an , la part de la sécurisation s’élève donc à 12 €/an.

La logique du SMG 35 n’échappe pas à cette logique. Un nouveau schéma départemental a été adopté prévoyant la construction de nouvelles usines de production et des liaisons, entre Rennes-Vitré (43 km) et Arzal-Rennes (95 km). C’est une opération pharaonique (dont la première tranche a par ailleurs déjà été réalisée). Ces travaux sont justifiés, selon les promoteurs, par l’augmentation de la population sur l’agglomération rennaise. On peut considérer que 80 % du budget du SMG 35 est consacré à la réalisation de cette ouvrage. Les travaux pour la seule liaison Arzal-Rennes sont estimés à 50 M€. Les 20 % restants sont consacrés à la préservation de la ressource (périmètres de captages et actions bassins versants).

2. Une logique contestable

Le transport d’eau sur 95 kms pour une hypothétique prise de 10.000 m 3/j paraît très déraisonnable sur le seul plan économique   D’autant que les capacités de production de département d’Ille et Vilaine sont importantes et les habitants ne sont pas menacés de pénurie d’eau de consommation pour les 15 ans à venir . Le compte-rendu du comité syndical du 13 mai 2008 est clair sur la capacité du Syndicat de production (SMPBR) et des collectivités extérieures, à subvenir aux besoins à l’horizon 2020, même avec plusieurs années sèches consécutives, en optimisant ses propres ressources.

Partout en Bretagne, de nombreux captages sont aujourd’hui fermés du fait de la mauvaise qualité de l’eau. L’Ille et Vilaine n’échappe pas à cette tendance et l’abandon des captage s’y poursuit (3 captages fermés en 2009). Le potentiel des eaux souterraines n’est pas sérieusement étudié et la cartographie des puits existants demande davantage de suivi.
L’augmentation de la consommation d’eau n’est pas forcément corrélative à la croissance de la population car les opérations de sensibilisation aux économies d’eau ont connu un certain succès. .

La logique productiviste issue à l’œuvre n’a rien à voir avec le développement durable (revendiqué par certains élus du syndicat de production rennais) :

·    elle génère d’importants travaux publics sans pour autant pallier le risque sanitaire bien au contraire puisque la stagnation dans les canalisations pose problème.

·    elle va à l’encontre de la priorité de la préservation de la ressource tant en quantité qu’en qualité puisque le syndicat de production rennais s’interdit d’agir sérieusement sur les bassins versants dégradés afin de préserver un modèle agricole destructeur. Cette posture est d’autant plus coupable que la loi et les programmes de restauration de la qualité d’eau imposent des objectifs de résultats conformes à la législation européenne. Dans un contexte, où l’État lui-même semble vouloir revoir le modèle agricole, il est navrant de constater que des élus locaux de gauche gardent de manière anti sociale leurs œillères politiques qui vont également à l’encontre de leur mission (cf statuts du syndicat de production – restauration de la ressource).

·    elle est injuste socialement car ce sont les usagers qui feront les frais de cette politique : 50 millions d’ € dont 30 millions pour le département 35 en investissement sans compter le coût d’exploitation et la facture énergétique liée au fonctionnement des pompes . Autant de budgets qui amputeront encore la maigre part consacrée à la restauration de la qualité de la ressource.  Pour financer Férel, il est question d’une surredevance, dans un premier temps, dans une fourchette de 4 à 10 centimes supplémetaire par m3 d’eau consommée. L’interconnexion Férel Rennes se traduira forcément par une augmentation supplémentaire de la redevance au titre de la sécurisation de l’approvisionnement.

3. Une autre logique moins coûteuse et surtout plus durable

Le SMG 35 et les syndicats de production locaux tout particulièrement celui de Rennes poursuivent une fuite en avant absolument inacceptable.

La restauration de la qualité de l’eau doit devenir la première priorité des syndicats de production.

Or, en redistribuant autrement l’argent du SMG 35, pour enfin prioriser les actions de restauration, on peut parfaitement imaginer d’autres actions préventives.

Concernant les équipements destinés à produire de l’eau, nous proposons :

·    d’entretenir les retenues existantes , de restaurer les captages abandonnés. La remise à plat des contrats des entreprises qui bénéficient d’un droit de pompage qu’elles utilisent parfois très peu et sur une eau de qualité qui pourrait être utiliser à des fins de consommation.

·     une  maîtrise plus locale de la production d’eau, aujourd’hui les maires sont démunis de ce point de vue, la gestion de l’eau les dépasse alors qu’ils sont responsables de la fourniture de l’eau.

Concernant la qualité de la ressource :

·    Le remplissage de ces retenues par une ressource de meilleure qualité est essentiel. Il est impératif de stopper les drainages qui inévitablement remplissent à grande vitesse les retenues d’eau polluée non filtrée par les sols. Dans ce dispositif de filtration, l’inventaire et la restauration des zones humides sont essentiels tout comme la protection des têtes de bassins et des chevelus des petites rivières.

·    L’accompagnement des agriculteurs dans leur changement de modèle. S’inspirer des modèles de  Munich ou encore de Vittel, une aide à l’hectare qui assure un revenu à l’agriculteur qui transforme son exploitation en bio ou herbager. Faire la promotion des Mesures Agri-Environnementales systèmes bio et herbager et non pas les MAE territoriales qui ne changent en rien les systèmes.

Dans cette optique, l’agence de l’eau Seine-Maritime a signé le 31 janvier 2008 un contrat de cinq ans avec un groupement d’agriculteurs biologiques (GAB) en vue de préserver 342 captages d’eau potable prioritaires de la Région Ile-de-France. Le contrat est doté d’un budget prévisionnel de 200 000 €/an (qui s’ajoute aux aides à la conversion) cofinancé à 50 % par l’Agence de l’eau, à 25 % par le Conseil régional et à 25 % par le GAB d’Ile-de-France.



Un commentaire jusqu'à présent
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Pascale
merci pour ces informations et ce travail de réflexion. La canalisation arrive en Pays de Redon, et nous ne savions guère quoi en penser. Grace à votre travail nous avons matière à interpeller nos élus.
Trugarez dit ha chañs vat evit an dilennadegoù da zont… Spi ‘meus ne vo ket dilezet ar re eldoc’h o deus graet traoù evit Breizh.

JF

Comment par JFL




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